Fred Pellerin – Comme une odeur d’espoir

L’espoir se cache parfois. On a beau chercher, certaines semaines elle est difficile à percevoir. L’espoir de voir de la lumière dans la suite de l’histoire. De notre histoire. Demain nous fait parfois peur. On regarde les heures, on voudrait repousser le moment où on devra entrer dans la danse du quotidien. C’est l’hiver, peut-être, qui fait son oeuvre.

Qui ajoute une couche de noirceur sur le cynisme ambiant.

Et puis arrive une coupure. Une soirée qui vient trancher la semaine en son centre. SHLACK ! Par un mercredi soir frette, on entre dans une salle. On se dit que le mal changera juste un peu de place. Que ce sera peut-être comme se trouver un nouveau partenaire de danse qui nous marchera un peu moins sur les pieds.

Ce mercredi soir de mars, c’était Fred Pellerin. Fred le conteur qui décidait de partir sur la route en chanson. Avec  des complices. Des musiciens. Des amis. Jeannot Bournival à la direction de la parade, à presque tout ce qui se fait d’instruments et à l’accueil. Le geste est beau et rare. Pendant que les gens prennent place, les lumières de la salle encore allumées, Jeannot se place derrière le piano et prépare le terrain. Installe l’ambiance.

D’autres amis le rejoignent. Daniel Lacoste pour tout ce qui a des cordes. Alexis Dumais au piano et aux gros instruments.

Et puis voilà Fred. Sous les applaudissements chaleureux. On le salue comme un ami. Le tour de chant commence. Mais le conteur n’est jamais très loin.

Rapidement je me dis à moi-même qu’il y a longtemps que je n’ai pas vu un spectacle aussi parfait. La musique, les éclairages, les mots, la poésie et la manière Fred Pellerin.

Il possède une clé car il maîtrise les codes. Il fait rire, il ouvre le coeur, et il nous chavire avec sa voix, sa façon de chanter des textes magnifiques : “… Je me retourne juste pour te regarder, tu me regardes aussi / Le gars assis à côté de toi s’en va pis tu rougis / J’espère que tu tombes pas en amour avec moi…” (J’espère de pas tomber en amour avec toi / paroles et musique Tom Waits, traduction David Portelance)…

Fred dissipe la noirceur. Tout doucement.

Je le regarde évoluer sur scène et je sens un sentiment de fierté m’envahir.

Quand il chante ROLAND (Manu Trudel) je craque. Quand il entame MOMMY (Marc Gélinas et Gilles Richer) je frissonne. Cette pièce était pour lui. Cette pièce est pour nous.

Car Fred ce n’est pas un je. C’est un nous. Un grand NOUS.

Je le vois se tenir debout. Aimer l’humain, déboussoler notre langue, la rendre multicolore. Croire au territoire, croire à la suite de notre histoire…

Je craque une allumette intérieure et je rallume la bougie de l’espoir.

Par un soir de mars. Frette.

Je suis rentré chez moi plus grand.

Rempli de poésie. D’images de cyclope qui louche, de Belle Rose et de grand cerf-volant.

Un peu plus amoureux de ma langue que je l’étais avant d’y entrer pour écouter Fred me chanter et me raconter.

Par un soir de mars, les lumières se sont rallumées dans la salle au même moment qu’une bougie s’allumait dans ma tête. Le tour de chant de Fred en souvenir j’ai relevé la tête… et du coup, j’ai eu envie, de me tenir debout.

François Marchesseault le 5 mars 2016