Les Cowboys Fringants : Le combat pour la survivance

Aller au combat alors que je croyais tout simplement me rendre à un spectacle comme un autre. J’y allais en mode chroniqueur de terrain. Jeans, t-shirt, “baskets” et casquette. Pas question de me mettre en retrait et de partir à mi-chemin en faisant semblant d’avoir été là jusqu’au bout. Impossible pour moi, de toute façon. Un peu touriste, j’avais cru bon garder mes lunettes. Une fois sur place, les habitués de la fête fringante m’ont fortement suggéré de porter la lentille de contact. “Des lunettes cassées, ça s’est vu souvent”. Un tantinet Inquiet. Mais j’étais justement là pour les écouter eux. Ceux qui suivent Les Cowboys partout et régulièrement. C’est donc sans monture que je me suis collé au phénomène.

 

Directement au bord de la scène. Avec les fans. Enthousiastes comme si c’était la première fois. Geneviève, à ma droite, avait passé le cap des quatre-vingts spectacles. Jean, l’ami à gauche, était à son soixante cinquième et des poussières… Sur le terrain, pas le temps de noter. La rumeur dit que des admirateurs auraient même dépassé les cent cinquante shows des Cowboys…

 

J’en étais pour ma part au numéro UN. Vrai touriste (bis). Oh, peut-être le deuxième si je compte un moment oublié au Festival de la Sueur de Saint-Machin. On me dit que de toute façon, c’est en salle que ça se passe. Je veux bien. Mais pourquoi si souvent ? Pourquoi eux ?

 

Et puis les gens se sont mis à entrer. Jamais je n’avais vu autant de monde dans cette salle (Le Cabaret-théâtre du Vieux-Saint-Jean). Une chose m’a marqué dès que je me suis attardé à la foule : Son âge. Toutes les générations. Des enfants, des familles, des plus âgés… Des humains, rassemblés dans un lieux. Il y avait aussi de jeunes amoureux. Enlacés, soudés par l’amour et la musique.

 

Puis la bande s’est amenée sur scène. Et les sept cents personnes massées dans ce lieu se sont mises à bouger. Je ne regardais pas derrière. Mais je sentais la foule s’activer. Se déplacer… Je m’agrippai à la scène pour ne pas perdre ma place. Pour ne pas perdre mon rang. Une fête s’est installée dans le Cabaret. La joie également. Comme un baume sur l’ennui et la solitude collective. Pour un instant, il n’y avait plus d’individus. Il n’y avait plus de foule. Il n’y avait qu’un groupe formé de sept cents coeurs. Sept cents âmes…

 

Un doux délire a traversé les lieux.

Les gens chantaient à l’unisson. Toutes les paroles. Sans exception.

 

Un cris du ventre. Une plainte joyeuse dans les paroles engagées de J-F. Pauzé. Comme pour affirmer leur existence. Haut et fort. Le droit d’être. De prendre une place dans ce monde. D’une seule voix.

 

Si c’est ça l’Québec moderne / Ben moi j’mets mon drapeau en berne / Et j’emmerde tous les bouffons qui nous gouvernent!” (En berne)

 

Je ne pouvais pas demander d’être plus dans l’action. Mon corps parfois projeté en avant par l’intensité du moment. La passion des gens.

Quand les Cowboys ont entamé la magnifique Les Étoiles Filantes, je me suis retourné. J’ai regardé les gens illuminer la salle à l’aide de leur téléphone…

 

Un souvenir s’est gravé dans ma mémoire. Une photo couleur.

Je n’ai pas tout compris le phénomène en une seule soirée.

Mais à ce moment précis, dans cet instant d’accalmie de mon combat fringant, j’ai pesé la portée des mots.

J’ai écouté sept cents voix chanter dans ma langue. Celle qui ne demande qu’à survivre. À garder sa place dans la lumière.

Je me suis mis moi aussi à chanter…

 

Ça fait que si à’ soir t’as envie de rester / Avec moi, la nuit est douce on peut marcher / Et même si on sait bien que tout dure rien qu’un temps / J’aimerais ça que tu sois pour un moment… / Mon étoile filante…”

 

Un immense frisson inoubliable m’a traversé…

 

Non, je n’ai pas tout compris, mais j’ai vu dans ce frisson collectif l’importance et la place des Cowboys. La lutte brillante et intense qu’ils menaient une chanson à la fois pour la survie de notre langue, notre identité.

 

Je me suis dit que le seul moyen pour revivre ce frisson c’était de reprendre le combat… Et d’envisager mon spectacle numéro deux…

 

François Marchesseault le 12 mars 2016