« Silence, il chante ! »

Il existe tout plein de spectateurs. À chaque type de concert son public. Un spectacle rock en formule debout aura son lot de “J’te rentre dedans”. C’est le plus actif du lot qui aime physiquement la musique. Il faut avoir du nerf pour s’y frotter… Dans ce genre de show, ceux qui ne veulent pas vivre (ou mourir) dans ce que l’on appelle avec affection “Le Mosh Pit” tournent autour du seul banc disponible, comme des vautours. S’ils mettent le grappin dessus, pas question de le laisser une seule seconde.

En chanson, dans une formule cabaret, on en retrouve aussi tout un éventail.

“Le stoïque” est fermé. Les deux bras croisés ou déposés sur les accoudoirs de sa chaise, il bouge sous aucun prétexte. Il n’applaudit pas entre les chansons et semble trouver la soirée longue. Même à la toute fin, quand les gens sont debout, lui, reste assis. Impossible de savoir s’il apprécie ou s’il déteste. “Le stoïque” a l’aura flou.

“L’attentif” est respectueux. Il écoute, participe, et chante quand l’artiste le demande. S’il a un commentaire à formuler à un ami, il le chuchote. J’aime à penser que je suis “L’attentif”. Du moins, je le souhaite. Même s’il m’est déjà arrivé de chanter trop fort…

Parce que “Le Chanteur” existe. Lui, il connait les paroles des six albums de l’artiste sur le bout des doigts. Et il chante. Tout. Et bien souvent, assez fort… Et assez faux. Il le fait un temps, mais parfois “L’attentif” lui indique qu’à ce rythme, la soirée risque d’être longue.

“Le chum” de la fille est facile à identifier. Pour un instant on pourrait le confondre avec “Le stoïque”, à la différence qu’il n’y a pas d’ambiguïté sur son état d’esprit. “Le chum” s’emmerde ferme. Alors que sa blonde peut être “La chanteuse”, lui voudrait être ailleurs. C’est clair. Comme si l’après-midi à traîner derrière sa blonde chez Ardène n’était pas suffisant il doit maintenant manquer un match de Canadien pour ça. L’amour est presque palpable à la table d’à côté.

Puisque nous sommes au XXIe siècle “L’illuminé” est un incontournable d’une salle de concerts. L’avis d’éteindre le cellulaire? C’est pour les autres. “L’illuminé” regarde TOUT dans un écran de 4.7 pouces. Photos, vidéos et textos. “ … il écoute et regarde / Non pas la scène authentique / Mais quelque chose de spectaculaire / Dans quelque chose de rectangulaire” (- Jérôme Minière)

“Le placoteux”. Il y a un spectacle devant ? Première nouvelle. “Le placoteux” a une recette de pâté chinois à partager. Le dernier épisode de sa série préférée à raconter. Il arrive que “Le placoteux” jase de la prestation et ce ne sera pas subtile. “Heille… Celle là, c’tait pas sa meilleure!”. “Le placoteux” a parlé.

Si on est un brin mal chanceux, on choisit le banc  juste devant “Le jouisseur”. Ah, “Le jouisseur”! Il n’est pas bien méchant. Mais, il aime passionnément. Tellement, qu’il ne peut s’empêcher de le dire haut et fort pendant la présentation. “MAGNIFIQUE !”. “BRAVO !”. “ENCORE ! ENCORE ! “. C’est définitivement trop pour moi…

Et puis, il y a “Bob”. Ainsi je l’ai surnommé. Car j’aime à penser que c’est la seule et même personne. Peu importe le village, la ville et l’artiste sur scène. “Bob” est souvent là. Et “Bob” a décidé qu’il était tout à fait acceptable , entre les tounes, d’entamer un dialogue personnel avec le chanteur. Il se dit que si la fille ou le garçon sur scène parle entre les pièces, c’est sans doute que l’on peut aussi lui répondre. Bah oui, tiens, pourquoi pas ? L’artiste finit souvent par être exaspéré… Poli, il peut bien essayer de le faire taire en lui parlant. NON! Erreur! Il ne faut pas s’adresser directement à “Bob”. Huile sur le feu. On peut le pardonner en se disant qu’il semble toujours avoir commencé la fête il y a déjà deux nuits de cela…

Bob, le stoïque, l’attentif, le chanteur, le chum de la fille, l’illuminé, le placoteux et le jouisseur…

Maman disait que ça prend toute sorte de monde pour faire un monde. Même constat s’applique à “La foule”.

Au final, nous sommes tous des personnages. Avec un bagage et une poésie. Compassion est le mot que je cherche pour excuser Bob.

Sauf que là, je veux bien, mais c’est MA toune préférée qui commence. Pourrais-je avoir le silence pendant que je la chante avec l’artiste…

François Marchesseault le 3 avril 2016