REVENIR CHEZ SOI

Premier article comme chroniqueur régulier dans le magazine des arts de la scène l’ENTRACTE distribué gratuitement dans le Haut-Richelieu…

Au bout d’un parcours musical, il n’y a pas toujours un rideau qui tombe. En fait, la plupart du temps il n’y en a pas. “Le rideau tombe…” est plutôt une manière de parler. Comme “Le rideau se lève…”. Logique. Il m’arrive d’anticiper assez tristement la tombée de ce faux rideau. La fin du spectacle. Surtout quand le tour de chant est sublime. De sentir que l’artiste en scène se dirige tout doucement vers la dernière pièce. Qu’on nous fera le coup du rappel une dernière fois!

L’instant est déjà un souvenir. Placé quelque part dans la tête. Parfois dans tout le corps. Quitter d’un seul coup ne me ressemble pas. Je dois digérer ce qui vient de se passer. Donner une chance à mon esprit de replacer les images, les sons et les vibrations. Échanger quelques mots ou garder le silence, mais laisser la foule passer devant. Une pause avant de sortir.

J’ai le bonheur d’habiter à distance de marche du Cabaret-Théâtre du Vieux-Saint-Jean. Cet endroit est devenu au fil des ans “Ma deuxième demeure”. Sobriquet venu par lui-même. Parce que j’aime m’y retrouver. Peut-être plus que sous mon propre toit.

J’y retourne car j’y suis bien. J’en sors en sachant que je reviendrai. Malgré tout, à l’occasion, j’ai envie d’aller me faire voir ailleurs…

Il y a quelques années je me suis découvert une passion pour les voyages culturels. Transporter mon intérêt pour la chanson partout en province. J’y ai découvert avec le temps des endroits extraordinaires. D’autres lieux de diffusion. Partout où je me déplace, je me demande s’il y a des gens qui vivent comme moi un tel attachement à une salle.

Je prends la route et je vais voir la culture se déployer partout. J’ai parfois l’impression d’entrer dans le salon des gens. Je ne suis pas chez moi. J’y entre pour la première fois alors que les gens sont chez eux. Connaissent le personnel, les codes. Je suis l’étranger au village.

Plein d’endroits m’ont marqué au fil des ans. Des lieux à découvrir et visiter avec autant de d’intérêt que la ville elle-même. Parfois c’est au bout d’une route, dans un secret trop bien gardé que se forgent les plus beaux souvenirs. D’énormes coups de coeur. L’automne dernier, sous les feuilles mortes, j’ai découvert La Caravane, dans le fabuleux village de  North Hatley. Minuscule bistro-spectacle au rez-de-chaussée d’une auberge de jeunesse. Dès que j’y ai mis les pieds le moment est devenu inoubliable. La chaleur des lieux. L’ambiance indescriptible. Assis avec un café, j’ai discuté avec les habitués. Jérôme Minière s’est pointé sur scène. Ses pièces que je connaissais déjà se sont soudées à La Caravane.

Même chose l’année précédente à Val-David dans les Laurentides. J’y étais allé pour y voir Mara Tremblay. Tombé sous son charme à nouveau, celui de l’endroit aussi. Le Bistro Mouton noir. Depuis, les pièces de Mara sont intimement liées à ce café et aux rues du village. Et puis encore tout récemment avec l’électrisant Philippe Brach. De la route, jamais autant, jusqu’à Saint-Prime au Lac-St-Jean. Brach dans le Vieux Couvent surchauffé. L’ancien réfectoire devenu salle de spectacles. La route d’hiver, Brach et une salle. Imbriqués à jamais pour ne faire qu’un.

Je pars au bout d’une route. De plus en plus loin et souvent. Intérêt grandissant pour visiter des gens, leur salon. Peu importe le lieu et le nombre de kilomètres, je prends le temps de savourer l’instant quand le faux rideau tombe.

Mais même sur notre propre territoire il y a le mal du pays.

Je remonte à bord. Et je roule sur des souvenirs pour rejoindre mon quartier.

Revenir chez-moi. Retrouver ma deuxième demeure.

François Marchesseault