Rejoindre la chanson

Rangée I Siège 2. Le nom donnait pourtant, au départ, l’impression d’immobilité. Fixé à un endroit. Figé sur un seul et même banc. Et puis le temps m’a porté sur des routes. Et de fil en chroniques je me suis rendu de plus en plus loin. Porté par le désir de rapporter des histoires du territoire. Construire la mienne en même temps. Parce que au bout de notre route on voudra laisser aux autres nos propres légendes. Raconter nos périples avec nos mots. Notre poésie.

Un week-end pour rejoindre la chanson. Retrouver Bernard Adamus à Matane. La route aux aurores sous le ciel gris d’avril. C’est l’âge, peut-être, mais c’est la première année de ma vie où je trouve que le printemps c’est un peu pas mal comme l’automne. Les nuages au-dessus, l’Autoroute 20 en dessous. Et de la musique, beaucoup, pour coller une trame sonore à l’instant. De la chanson d’ici pour ne pas faire changement. L’époque est belle. La chanson est bonne. Il faut la vivre et surtout l’écouter.

Le dernier de Jason Bajada, Volcano. Ça tourne et retourne depuis plusieurs semaines. Sûrement le meilleur disque en ce début d’année. Bajada prouve qu’on fait encore de grands albums. Des entités qu’on ne peut pas acheter à la pièce ou pire, écouter à la pièce sans même acheter. Faut vivre de son temps qu’ils disent, mais on a droit d’être lucide face à la fragilité de l’art.

Adamus. Brun, le numéro deux et le soviet. Faut s’imprégner quand on dédit une fin de semaine à un artiste.

Une bouchée à Rivière-du-Loup. On refrappe la route avec du café. Ça garde éveillé devant l’immensité du Saint-Laurent qu’il faut longer avec bonheur.

Les CD se succèdent (Oui, l’objet… le truc rond. J’suis un peu dinosaure et j’assume la passe). 7 jours en mai, le dernier de Laurence Jalbert, l’immense album LUNES de Chloé Lacasse et Saratoga. Encore. J’y reviens car c’est bon. Point. Au moment où Chantal Archambault et Michel-Olivier Gasse chantent, une volée de bruants des neiges dansent dans le ciel. CLICK ! L’instant sera gravé là. Juste là dans la tête avec une musique pour l’accompagner.

Dépassé Rimouski la Route 132 donne parfois l’impression de descendre direct dans le fleuve. Si c’était le cas, pas sûr que je mettrais les freins…

Matane est là. À la descente de voiture, le printemps ressemble presque plus à l’hiver qu’à l’automne.

C’est le foulard au cou que je rejoindrai la chanson. Adamus, j’arrive !

François Marchesseault le 23 avril 2016… à Matane.