« Tu ne vas jamais très loin sans amour »

La fin d’une saison. Se dire que nous montons à bord pour rejoindre la chanson une dernière fois, cette année. Après, le calendrier est un peu vide. Du moins, jusqu’aux Francos. En juin.

Mais, c’est la route. Celle qui mène à toutes ces salles, c’est elle aussi qui me manquera. Pas uniquement les chansons. Mais les gens. Leurs villes, leurs villages… leurs quartiers.

Centre des arts Juliette-Lassonde de Saint-Hyacinthe. Dans un très joli cabaret. C’est là que j’ai rejoint la chanson, une dernière fois. Et je suis retourné à la source. Retrouver une artiste importante pour l’amour que je porte à la chanson aujourd’hui. Pour la deuxième fois seulement sur scène, retrouver la fougueuse Laurence Jalbert.

La passionnée, la talentueuse… La grande humaniste.

J’avais en tête ce spectacle à la fin des années quatre-vingt-dix. J’y étais allé accompagné. Espérant séduire et voler un coeur. C’est pourtant Laurence qui allait voler le mien. Son intensité sur scène allait me foudroyer. Je me souviendrai toujours de ce coup de pied asséné à son micro au milieu d’une chanson. Pas un geste violent. Non. Un geste de passion.

BANG !

Je tombais en amour. J’ouvrais mes horizons musicaux. Et tout ce passait là. Dans un bref instant. J’allais aimer la chanson. Les magnifiques textes que chantait Laurence mêlés à sa fougue allaient déclencher une réaction en chaîne…

Plus de quinze ans plus tard, je suis là. Dans un rôle de chroniqueur, mais avant tout, et surtout, dans celui de spectateur.

Et je retrouve Laurence.

Elle n’a rien perdu de son talent et de sa passion. Encore moins de son humanité. C’est avec amour qu’elle nous chante. Avec amour qu’elle va déposer des chansons en chacun de nous.

C’est pas banal.

Elle parle de la route. À quel point elle aime aller à la rencontre des gens. Partout.

Et je suis là. Au milieu des Maskoutains. Sur le terrain, à une cinquantaine de kilomètres de chez moi. À vivre un autre moment d’une grande importance…

Laurence chante les mots de Bourbon Gautier :

“… Tu peux marcher en ville sous les néons / Ou partir sur le premier avion / Prendre la route et tous ses détours / Mais tu ne vas jamais très loin sans amour / T’as presque tout / Et c’est comme si t’avais rien / Quand t’as personne pour te tenir la main…” (Presque tout, paroles et musique Bourbon Gautier)

Encore un Polaroïd du moment dans la mémoire émotive.

Et je sais. Je comprends à nouveau l’importance de s’installer de la chanson dans le coeur.

Dans notre langue et avec la poésie de tous ceux qui la parlent et qui la chantent encore.

Je repense à ce moment, il y a presque vingt ans. Où un simple coup de pied sur un micro allait changer ma vie.

Et au bout de cette deuxième soirée avec Laurence Jalbert, j’ai envie de vous dire d’y aller. D’entrer dans une salle.

Rien de planifié.

Passez devant un lieu. Une salle, un cabaret, un bar-spectacles. Et entrez. Entrez surtout si vous ne connaissez pas l’artiste.

Ce que vous entendrez pourrait bien vous changer à jamais.

François Marchesseault le 7 mai 2016