SAFIA CONTRE LE MONDE

Safia est une artiste. De celles qui créent de la beauté pour la laisser autour. Elle a construit Limoilou, son exceptionnel premier album, avec la force d’une battante. Armée de son bagage d’écorchée, elle a soulevé sa guitare, et gratté du rêve. Chanté sa mélancolie à ceux qui ont des journées de pluie prises au fond de la gorge, pour les aider à se dessiner un lendemain.

Ses chansons, elle les a laissées aller dans l’univers. Pour que d’autres humains se laissent atteindre. Se joindre à la chaîne de ceux qui écrivent, chantent et sculptent le mot ARTS, pour continuer l’aventure humaine.

Puis, un soir où Safia flottait sur son rêve, elle a rencontré la laideur du monde. Le jugement et la méchanceté, crachés autour sur les réseaux, comme l’écho d’une arme semi-automatique.

Criblée de mots, par des gens qui ont sans doute peur du terrorisme… Alors que celui-ci se cache parfois au bout des doigts ou de la langue d’une mère ou d’un père de famille. Des parents, des futurs parents qui n’aimeraient certainement pas voir leur propre fille, leur soeur, victimes d’intimidation.

L’ouverture d’esprit éteinte d’un seul coup sur des milliers d’écrans, dans des milliers de têtes.

L’instant d’un jeans, un magnifique t-shirt de Gerry et une veste dont Kurt Cobain aurait été jaloux, Safia a démontré que l’évolution était encore qu’une théorie abstraite. Que l’amour et la compassion ne trouvaient pas résonance dans tous les humains. Que même au XXIe siècle,  la différence effrayait, ébranlait, choquait. Qu’on ne tendait pas unanimement la main à tous les autres hommes et femmes de cette planète pour les connaître, les accueillir et s’inspirer de leur histoire pour enrichir la nôtre.

Safia est une artiste. Une libre-penseuse et anticonformiste. Comme son ami Brach et tout plein d’autres avant et, souhaitons-le, à venir. Elle a décidé d’être elle-même. Hors des standards, du moule et des étiquettes. Décidée de ne pas jouer un rôle. De ne pas faire semblant juste pour “fitter” dans le décor de notre ère plastique.

Ça fait peur. Ça ébranle les idées cordées comme une semaine de cinq jours, un 9 à 5 ou les maisons alignées d’une rue de banlieue.

L’instant d’un Gala, Safia a démontré plus que jamais qu’elle se devait de chanter, tout en restant celle qu’elle est.

Construire des chansons, ajouter sa couleur aux ARTS. Bercer l’humanité de sa musique pour faire jaillir toute la beauté du monde et garder l’espoir qu’un jour on puisse enrayer la haine.

Car de toute évidence, il y a encore tout un tas de coeurs à remplir d’amour…

par François Marchesseault