Au revoir Rideau (partie 1) : Saisir la vie par les arts

Je repars de Québec. Avec la ferme conviction que je viens d’y passer la semaine la plus importante de ma vie. Cinq jours à côtoyer les acteurs du milieu culturel québécois, mais aussi internationaux lors de la 30e Bourse Rideau. À faire des rencontres enrichissantes et en refaisant le monde à coup de longues discussions.

Et puis réfléchir. Cette ville est inspirante. Difficile de déambuler dans les rues sans regarder tout autour. Sans laisser les mots échangés dans la dernière conversation se transformer en idées. Se laisser émerveiller. Réfléchir… Se questionner sur l’ampleur du défi. De la suite du parcours humain.

J’ai écouté des panélistes parler des défis qu’amène le numérique. Les enjeux autour de la diffusion de spectacles sur écran de cinéma, comme le fait déjà le Metropolitan Opera de New-York.

Je crois beaucoup qu’une partie de ce qu’il y a de plus beau de notre humanité se situe dans les arts. Notre capacité non seulement de créer, mais de se laisser émouvoir par une création artistique. Qu’elle soit théâtrale, cinématographique, dansante, littéraire ou musicale. Mais y’a-t-il un danger de s’éloigner des arts vivants? Un danger de regarder la vie que par le truchement d’un écran, grand, mais surtout de plus en plus petit?

J’avais l’impression que ces questions n’étaient pas réellement posées. Je crois qu’elles sont fondamentales. L’art vivant, celui qui se passe sur scène, amène les humains dans la salle à vivre une expérience importante. Celle d’aller à la rencontre de l’autre. Mais il y a un glissement qui se produit avec les nouvelles technologies. J’ai cette vague impression que nous aurons de plus en plus de difficulté à rester en place pendant plus d’une heure trente. Prendre le temps d’écouter une histoire. De laisser une œuvre installer des émotions en nous… nous émouvoir au tournant du récit. Mais aussi, de sortir de notre bulle. Aller dans une salle. Forger notre compassion en se retrouvant dans un même lieu avec des humains de tous âges et de toutes origines. Comprendre l’autre en discutant avec lui. En croisant son regard.

Intellectuellement, le développement hyper rapide des technologies est-il en train de faire de nous des paresseux? Aurons-nous de plus en plus de difficulté à lever notre tête pour regarder le monde dans les yeux? Je n’ai pas de réponse, mais je m’inquiète… un peu.

J’ai eu la vague impression que les acteurs du milieu ne parlaient que du public qui se déplace déjà dans les salles, alors que le projet véritable est de projeter le milieu artistique dans une génération. À ce moment, la donne aura totalement changée. Et une génération, c’est demain…

Cette semaine de laquelle je sors, entouré de passionnés, m’a donné envie de croire à la suite. De prendre ce qui semble un problème immense et le transformer en simple défi.

Les rues de Québec m’ont apporté plus de questions que de réponses. Mais elles m’ont plus que jamais donné envie de me lever demain et de saisir la vie par les arts. Réfléchir à des solutions et tenter d’être, à ma façon et humblement, un artisan du changement.

Par François Marchesseault