ANNEGARN & MOI

Dix jours (déjà) depuis le tour de chant de Dick Annegarn au Bataclan, à Paris. J’ai bien tenté d’écrire ces lignes avant le spectacle, mais je me devais de vivre ce moment marquant avant de parler d’Annegarn et moi. L’auteur-compositeur-interprète néerlandais a joué un rôle important dans mon amour de la chanson. Le 18 mai 2017, assis dans ce lieu mythique de la Ville Lumière, j’ai tout compris… et j’ai dit merci.

Nous sommes à la fin des années 90. J’ai 17, peut-être 18 ans, mais pas plus. Le temps et la mémoire… vous savez, c’est flou. Je fais de plus en plus tourner de la chanson francophone. Je suis encore un peu timide à afficher mes couleurs musicales. Ça chante en anglais autour de moi. J’écoute aussi, beaucoup. Nirvana à Green Day en passant par TOOL. Mais Daniel Bélanger est arrivé dans mes oreilles il y a quelques années. Il m’a fait comprendre la beauté de ma langue. Comprendre qu’elle se chantait. Qu’elle pouvait si bien servir à charmer. Mieux, armé d’une guitare, elle pouvait être une arme redoutable pour chasser les coeurs.

L’influence de l’entourage est forte. À part pour Bélanger, j’ose à peine afficher cet amour pour la chanson d’expression française.

Puis Daniel Bélanger (encore lui) se lance dans sa tournée Seul dans l’espace. Avant-gardiste, seul dans l’espace devient également un carnet de voyage qu’il publie sur internet de façon hebdomadaire. C’est le blogue avant le blogue. Il y livre ses pensées, ses explorations poétiques, mais également ses coups de coeur musicaux. C’est là qu’il nomme, entre autres, Dick Annegarn…

Je ne me souviens pas des mots qu’il utilise pour en parler, mais ils sont assez élogieux pour piquer ma curiosité. À ce moment, Annegarn a déjà plus de 20 ans de carrière derrière lui, je n’en ai pourtant jamais entendu parler. Une amie (que je tente en vain de séduire avec une guitare et des chansons en français) me demande ce que je souhaite avoir pour mon anniversaire. Sans même avoir entendu une seule pièce du grand Néerlandais, j’opte pour Approche-toi (1997), son plus récent album. Son premier sur étiquette Tôt ou tard.

C’est mon premier véritable contact avec la chanson française. Je ne suis pas certain d’aimer le genre. Annegarn a une voix particulière. Ça ne ressemble à rien de ce que j’écoute. Mais je persiste. J’écoute, je réécoute. J’ose même présenter sa musique à des gens autour de moi. Je me souviens même que l’on se moque…

Mais voilà que sa poésie me touche. C’est tout ce qui m’importe.

Il pleut : « Le bruit de l’eau écrase les autos / Ils ont de la peine à percer le rideau / Les éléments se dechaînent vraiment / Je suis content! »

Et celle qui reste encore aujourd’hui ma préférée, Orbre : « Il y a des ducs d’Hollande / Il y a des hirondelles / Qui ensemble demandent une partie du ciel / Il n’existe au monde d’été éternel / Que dans le creux d’une onde, d’une main fraternelle ».

Voilà, j’assume.

Le chemin qui suit est complexe, mais c’est une passion de la chanson, des mots, de la langue qui naît et qui depuis, ne fait que grandir…

De là, j’ai dépoussiéré ma compilation de Brassens que je n’écoutais pas. J’ai commencé à tendre l’oreille à tout ce qui se faisait dans ma langue.

Le chemin est complexe, mais Annegarn et moi, c’est une amitié musicale qui m’aura mené jusqu’au microphone de Monique Giroux.

Le 18 mai 2017, quand en tout début de spectacle au Bataclan à Paris, il a entamé Il pleut, je me suis mis à pleurer…

J’ai regardé mon histoire.

Notre histoire à lui et moi…

Je me suis revu, curieux, assumer ma passion.

Puis j’ai souri, en pleurant.

par François Marchesseault