Aller au Festival en chanson de Petite-Vallée… et ne jamais vraiment en revenir

836 kilomètres séparent Saint-Jean-sur-Richelieu, où j’habite (la plupart du temps) et Petite-Vallée. Faire ce trajet pour seulement trois jours, faut être un peu fou. Ou passionné? Les deux, j’imagine. Peut-être aussi la simple idée de se dire que la vie est courte. Qu’il faut saisir les occasions et prendre le large. Aller se faire voir ailleurs. Et il n’y a pas mieux que la force du fleuve Saint-Laurent pour se replacer les idées et les émotions.

On m’avait averti que j’aimerais ce voyage en Gaspésie. Que le Festival en chanson de Petite-Vallée était directement dans mes cordes. Coulait déjà dans mes veines sans jamais y avoir mis les pieds. Pourtant, je n’aurais pas imaginé y rester accroché à ce point.

Plus d’une semaine déjà depuis mon retour dans le facteur humidex de la grande région de Montréal et des tas de déchets post-déménagement. Ma tête est ici. Tout mon corps d’ailleurs. Pourtant, j’ai laissé quelque chose là-bas. Je crois que chaque visiteur et chaque artiste y laissent un morceau. Un rêve, peut-être. Celui de liberté. La liberté de créer et vivre au rythme des saisons et des éléments. Tout fonctionne à cet endroit. Non seulement le son est-il quasi parfait dans chacun des lieux de diffusion, mais j’ai l’impression que chaque artiste ne peut pas faire sonner sa musique mieux qu’à Petite-Vallée. L’endroit est déjà un poème vivant, récité sur la musique des vagues qui frappent les berges.

Trois jours pour confirmer ce que je savais déjà : la vie sans la musique, c’est beaucoup moins la vie.

« Pis, c’est quoi le meilleur show que t’as vu? ». On m’a posé la question à laquelle je n’aime pas répondre. Ce qui est bon pour un, vous savez… Mais le cœur s’est ouvert le samedi matin avec le Camp en chanson. Un spectacle à 11 h du matin, c’est rare. Rare pour les artistes et pour les spectateurs. Avec l’impression d’avoir toutes les émotions des derniers mois dans la gorge et sous la peau. Les artistes en résidence ont mis une semaine pour composer toutes les chansons d’un spectacle unique. Des humains qui créent, qui chantent et qui s’aiment. Et moi qui pleure. Tout était là. La beauté et l’importance des arts pour comprendre le monde et se comprendre soi-même. Je voudrais revivre cet instant, à l’infini.

Il y a aussi les après-midis magiques Dans l’shed à Léon. Oui, c’est un show dans une vraie shed. La formation Dans l’shed (Éric Dion et André Lavergne) joue l’une de ses compositions et reçoit par la suite un artiste présent au festival pour jouer avec lui l’une de ses pièces. Un moment de chanson tout simplement parfait. Rien à ajouter. J’vous dis même pas elle est où la shed… Le découvrir fait partie du charme des lieux.

Je pourrais nommer chaque spectacle, chaque artiste, chaque chanson. On va à Petite-Vallée en réglant sa montre à l’heure de la Gaspésie (faudrait d’ailleurs que j’essaie de la remettre à l’heure de la folie de la grande ville). On prend la douce cadence de la place. Chaque seconde s’écoule différemment. Ce qui fait que les chansons semblent aussi nous arriver à une autre vitesse, un autre tempo. Je n’avais encore jamais pleuré en écoutant Quand on est en amour de Patrick Norman. Là-haut, c’est arrivé deux fois. C’est comme ça…

Il s’est passé quelque chose en moi durant ces trois jours intenses à me connecter encore un peu plus avec la chanson. Comme si j’avais jeté une ancre à l’eau, un lien qui allait à jamais me relier à cet événement et ce lieu important.

J’ai ce rêve (un autre qui s’élève depuis mon passage en Gaspésie) d’organiser des autobus pour y amener tous les humains que je croise sur mon chemin. Je vous le dis, vous devez vivre l’expérience Petite-Vallée. Vous tomberez en amour avec les lieux, et du même coup, avec la chanson… puis, ça tombe bien, car notre chanson, comme chaque humain, a grandement besoin d’amour…

Par François Marchesseault