Jean-Michel Blais à l’Île d’Orléans : redécouvrir l’amour

J’ai mis du temps à écrire ces lignes. Encore davantage à les mettre en ligne. Parce que c’est l’été pour tout le monde. Parce que je tente de réapprendre la lenteur, la contemplation… et l’amour. Ne pas tout partager dans l’immédiat. Dans l’instantanéité des réseaux. Faire autrement, peut-être. Dans une fausse marge, car bien ancré dans l’illusion des écrans.

Alors voilà. Début août, je mettais les pieds pour la toute première fois de ma vie sur l’Île d’Orléans. La maison de Félix. Accompagné de l’amour naissant. Celui qui brille dans les yeux, avec le cœur qui bat la chamade et les papillons qui volent dans tous les sens. Les mois passent, tout ça reste bien en place. On se dit, enfin… Enfin, ça y’est…

IL, l’extraordinaire album du pianiste Jean-Michel Blais est arrivé à moi récemment. Plusieurs mois après sa sortie. Par hasard, je crois. Un piano enregistré en toute simplicité dans l’appartement du musicien, avec les bruits de la vie tout autour. Voilà, un chef-d’œuvre. Je me suis laissé chambouler pas ses œuvres au point de classer cette musique toute neuve dans le palmarès des albums les plus importants de mon existence. De ces disques qui me suivront jusqu’au bout de la vie. Que je ressortirai les jours ensoleillés, comme les jours de pluie.

IL est venu confirmer une chose dont je suis de plus en plus certain : le disque le plus beau, le plus important que j’écouterai durant mon passage sur cette planète, je ne l’ai pas encore entendu. Peut-être même qu’il n’a pas encore été composé. Ça replace la curiosité au bon endroit. Au sommet des valeurs. Puis, ça jette une douche pas trop chaude merci sur le dos de la nostalgie. Oh, je retournerai toujours faire un tour dans les musiques de mon adolescence. Mais, jamais vous m’entendrez rouspéter que la musique : « C’était donc bin mieux avant, pis aujourd’hui c’est pas bon bon, bon. ». Des âneries, oui.

Assis dans ce magnifique Espace Félix-Leclerc, une main douce dans la mienne, à écouter Jean-Michel Blais jouer avec une passion inouïe ses délicates pièces, sans micros, rien sauf un piano, j’ai voulu atteindre le meilleur de moi.  Bouleversant de beauté, dans une simplicité frôlant la perfection, Blais arrive à faire ressortir tout le merveilleux de l’humain. C’est là, accroché au bout de ses dix doigts. Puis, en frôlant les notes, il nous aspire dans une zone où la paix et la tendresse existent, vraiment. On écoute, en silence.

Jean-Michel Blais a tout pour séduire. Talentueux compositeur, fabuleux interprète et homme au charisme fou. Sa musique est un murmure tranquille dans le chaos sonore d’une société en forme d’autoroute à quatre voies. Cette musique, carburant essentiel au cœur. Pour le garder aimant. L’entretenir dans la beauté. Tenir la main de l’amour, question de s’engager sur le plus beau et long des chemins, en valsant, tout doucement, loin des écrans…

Un vendredi soir d’août, dans la maison de Félix, le piano de Jean-Michel m’a fait comprendre que si on a un toit au-dessus de notre tête, de la musique et un coeur au diapason, rien d’autre n’est nécessaire.

** La chronique Rangée I Siège 2 sera de retour dans l’émission Chants libres à Monique Giroux le dimanche 3 septembre à midi sur les ondes d’ICI Musique

Par François Marchesseault